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Quand rigueur et anticipation conduisent à un désaisonnement réussi !

Eric BARNIER, éleveur installé dans la Drôme, nous explique comment il prépare la mise à la reproduction de ses chèvres en système désaisonné, pour produire du lait d’automne et d’hiver.

Témoignage

« Au départ, j’ai fait le choix de désaisonner mon troupeau pour pouvoir me consacrer aux travaux des champs sur la période estivale. Ensuite, ma coopérative a eu besoin de plus de lait sur l’automne, notamment pour la vente de Picodons aux fêtes de Noël. J’ai fait ainsi coïncider mon désaisonnement avec leurs besoins afin que mon lait soit mieux rémunéré. »

Eric BARNIER
EARL Ferme de St Alban (26)

L’élevage caprin induit une prise en compte des saisons pour la mise à la reproduction des chèvres. Ces animaux sont dits saisonnés, c’est-à-dire qu’ils ne se reproduisent qu’en période de jours courts (automne) et produisent donc du lait le printemps et l’été. 

 

Certains éleveurs ont cherché à décaler leur production en désaisonnant leur troupeau. Cette technique impose une maîtrise accrue de la conduite de la reproduction. Eric BARNIER, installé en élevage caprin depuis 1991, produit du lait toute l’année. Il nous parle des points-clefs pour réussir son désaisonnement.

 

Etaler sa production grâce au désaisonnement

 

ERIC-BARNIER-3

La lumière, c’est la vie, entend-on souvent dire ! En agissant par son intensité et par sa durée au cours de la journée, la lumière a le pouvoir d’impacter le développement et la reproduction de certains animaux. 

C’est le cas des caprins. 

 

Pour se reproduire, ces derniers ont besoin de jours courts et attendent ainsi l’automne pour venir en chaleurs. Mais, au-delà des jours courts, c’est l’alternance des jours longs suivis de jours courts qui déclenche la cyclicité. Durant la nuit, la glande pinéale sécrète de la mélatonine. Plus les nuits sont longues, plus la quantité sécrétée augmente et plus la cyclicité s’enclenche. Cette hormone naturelle produite par l’organisme permet donc de stimuler l’activité sexuelle. 

 

Cette caractéristique fait de la chèvre un animal saisonné, tout comme sa production. Difficile alors de répondre à la demande constante des consommateurs ! 

 

Pour d’obtenir du lait toute l’année, les industriels n’hésitent pas à payer plus cher le lait produit à l’automne et en début d’hiver. Cette incitation financière conduit certains élevages à étaler leur production. Pour parvenir à ce désaisonnement, les exploitants disposent de différentes techniques comme le traitement lumineux associé à un traitement de synchronisation ou à un effet bouc.

 

Le traitement lumineux, ou photopériodique, permet de stimuler l’activité sexuelle des mâles et des femelles en dehors de la saison sexuelle. Il peut être mis en place dans presque tous les systèmes d’élevage, sous réserve que le protocole soit strictement respecté ! Un travail qui demande beaucoup de rigueur !

 

Le conseil de notre Xpert

 

Faire de la lumière c’est facile ! Il suffit d’avoir un programmateur et des lampes.  Faire des jours courts est plus compliqué ; cela nécessite de tenir compte des horaires de traite pour garantir un maximum de 12 heures de lumière. Par exemple, si le début de traite est à 6H00, le soir, il faut que le bâtiment soit éteint à 18H00.

 

Les éleveurs nous en parlent !

 

ERIC-BARNIER

Installé à Aouste sur Sye, dans la Drôme, Eric BARNIER a d’abord fait le choix du désaisonnement pour faciliter l’organisation de son travail.

 

« Au départ, explique-t-il, j’ai fait le choix de désaisonner mon troupeau pour pouvoir me consacrer aux travaux des champs sur la période estivale. Les mises-bas avaient lieu en janvier-février.

 

Ensuite, ma coopérative a eu besoin de plus de lait sur l’automne, notamment pour la vente de Picodons aux fêtes de Noël. Alors chaque année, j’ai avancé d’un cycle de 3 semaines pour que les mises-bas aient finalement lieu en novembre puis septembre.

 

Ça fait maintenant 10 ans que c’est comme ça. Au niveau du climat, les températures sont plus clémentes, ça n’est pas plus mal ! Et côté économique, j’ai réussi à faire coïncider mon désaisonnement avec les besoins de la laiterie ; mon lait est mieux rémunéré. »

 

En termes d’organisation, Eric BARNIER met en place un traitement photopériodique qui consiste à soumettre les animaux à une alternance de jours longs (16 heures de lumière) pendant 90 jours, et de jours courts (12 heures de lumière) pendant 60 jours.

 

Pour créer un jour long, le bâtiment doit être équipé de néons ou de lampes fluorescentes fournissant au moins 200 lux au niveau des yeux des animaux. Les jours longs vont provoquer l’inhibition de l’activité sexuelle, alors que les jours courts vont la stimuler. Je fais des jours longs du 15 novembre au 15 février.

 

Pour cela, j’éclaire le bâtiment de 06H00 à 20H00 et de 22H00 à minuit. De 20H00 à 22H00, il fait nuit, c’est ce qu’on appelle le flash. Quand je passe en jours courts au 15 février, les nuits sont suffisamment longues pour qu’il y ait assez de mélatonine fabriquée. C’est ce qui enclenche la cyclicité.

 

ERIC-BARNIER-2Le fait de démarrer le traitement lumineux entre novembre et décembre, comme le fait Eric BARNIER, permet de bénéficier des jours courts naturels (entre février et avril) et de ne pas avoir recours à la mélatonine de synthèse.

 

Eric BARNIER a recours à l’insémination 45 à 50 jours après le début des jours courts.  Les boucs sont introduits dans les lots de saillie naturelle 3 jours après les IA et 21 jours dans les lots inséminés. Les boucs sont retirés autour du 16 mai ; les chèvres vides restent en lactation longue. 

 

Grâce au traitement lumineux et à une reproduction courte, Eric BARNIER atteint son objectif : avoir du lait toute l’année en gardant les chèvres vides en lactation longue !

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