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Comment gérer les mammites lors du tarissement ?

Vétérinaire sanitaire pour XR Repro depuis 2010, Laurent Fize revient sur la phase délicate du tarissement et les risques de mammite associés.

Témoignage

Faire en sorte que le passage de la lactation au tarissement se déroule correctement, c’est à la fois s’assurer que le vêlage se déroulera dans de bonnes conditions et que le retour en lactation sera réussi. A ce jour, la mammite est l'une des pathologies pour lesquelles je suis le plus régulièrement appelé.

Laurent FIZE
Docteur Vétérinaire

« La gestion des vaches taries est peut-être le moment le plus important dans un élevage laitier. La vache tarie doit être la vache la mieux soignée de tout le troupeau. On la prépare à un moment-clé où il ne faut pas la laisser tomber : elle doit avoir un maximum de confort et plus d’espace qu’en temps normal, une alimentation adaptée qui ne soit pas trop énergétique en début de tarissement, et énergétique sur la fin car le veau prend de la place et limite l’ingestion. Tout cela impacte l’ensemble : la santé du veau, de la mère : son début de lactation, sa mise à la repro. »

 

Quels sont les facteurs qui aggravent l’apparition des mammites durant le tarissement  ?

"Il y a deux périodes où les vaches sont plus sensibles aux mammites : au début du tarissement, et autour du vêlage. L’un des signes annonciateurs de la pathologie est la présence de cellules en fin de lactation. Les vaches qui viennent d’avoir une mammite seront taries avec un certain risque de voir une rechute s’opérer. Le risque de rechute est multiplié par 2 ou 3 pour ces vaches là, en comparaison avec une vache saine.

 

Lors de la première semaine de tarissement, un bouchon naturel en kératine se forme dans le canal du trayon. Une vache avec une production laitière trop importante (au-delà de 15 L) risque d’expulser ce bouchon, et de laisser le champ libre aux bactéries. Une vache qui vient d’être tarie doit être surveillée durant les 10 premiers jours. Passé ce délai, le risque de déclencher cette pathologie diminue.


Il est important d’être attentif à ses vaches lors de cette période, car une mammite à ce moment-là se détecte plus difficilement qu’en lactation puisqu’il n’y a pas de traite. Si elle est découverte au bout de 24 à 48h, elle aura eu le temps d’infiltrer la mamelle plus rapidement et ses conséquences seront plus importantes. Quand on trait lors de la phase de lactation l’infection est expulsée, tandis que dans cette période sans traite, l’infection reste à l’intérieur et se propage plus facilement.


Pour limiter l’apparition et la propagation de mammites pendant le tarissement, il faut être vigilant sur l’hygiène du logement. Ne pas créer de zone surpeuplée, et garder les aires paillées bien entretenues et nettoyées. Les vaches nécessitent également un accès permanent à de la nourriture et de l'eau en qualité et quantité suffisantes. La mise en contact avec des animaux qui peuvent téter est à éviter. Ce risque existe lorsque par exemple des lots de génisses sont intégrés avec les vaches taries par manque de place.


Ce sont des mammites assez sévères durant cette phase, et l’on est souvent appelés car l’état général de la vache est fortement dégradé. A ce moment-là, la vache est proche du vêlage et l’on ne peut pas utiliser n’importe quel médicament pour soigner ces mammites-là. »


Une mammite lors du tarissement, combien ça coûte ?


« Le coût est variable selon l’intensité de la mammite et les répercussions qu’elle aura. Le prix du traitement peut atteindre 200€ par vache. Il existe la simple mammite que l’on traite rapidement, pour laquelle s’ensuivent un vêlage dans de bonnes conditions puis une lactation saine. Dans ce cas on aura uniquement perdu le coût du traitement.


A contrario, si la mammite est importante il y a de fortes chances qu'elle impacte le vêlage et le début de lactation. Pour une vache qui ne se serait pas remise en état durant le tarissement et qui déclare une acétonémie à la lactation, les quantités de lait perdues peuvent être importantes, pouvant aller jusqu’à 2000L de lait !

Sur les vaches hautes productrices qui n'ont pas eu le temps de se constituer des réserves pendant le tarissement, on observe qu'au lieu de produire 35 à 40L de lait lors du pic de lactation, elles produiront plutôt 25 à 30L. L’éleveur peut donc perdre 10L de lait par jour pendant 2 mois, soit 600L de pertes. 

Si la pathologie n’est pas prise à temps et n’est pas correctement évaluée, elle peut aussi déclencher une fièvre importante chez la vache, la perte d'un quartier, ou encore la perte  du veau.

Tout mis bout à bout, cela commence à revenir cher…»


Que faire en cas de mammite ?


« L’idéal est d’individualiser le traitement à chacune des vaches du troupeau, et de ne pas faire de généralités. C’est un échange qui doit avoir lieu lors de la visite annuelle du vétérinaire, qui établit un bilan de santé et un protocole de soin des animaux.

Par exemple, pour certains il est inutile de faire un traitement au tarissement, pour d’autres il sera judicieux d’utiliser des antibiotiques par voie intra-mammaire, voire par voie injectable. Les antibiotiques sont conseillés pour les vaches ayant eu des mammites récemment et celles avec un taux de cellules élevé.


Un protocole de soin est décidé d’un commun accord avec l’éleveur et le vétérinaire en fonction des cas. L’éleveur pourra venir au cabinet vétérinaire pour récupérer de quoi soigner l’animal. Il est aussi possible de retraire la mamelle pour sortir les impuretés.

Si l’état général de la vache le nécessite, le vétérinaire fera un acte médical. Quand une infection est restée plusieurs jours, le quartier peut être définitivement perdu. Parfois, couper la tétine au milieu pour avoir une traite permanente et laisser les impuretés s’écouler peut-être une solution de dernier recours pour vider la mamelle. Cela arrive sur les mammites en lactation, mais l’apparition reste plus fréquente sur celles qui ont lieu lors du tarissement. »

 

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